Silence Clair

 

La neige tient le sol en haleine,

Les arbres veillent, nus, sans peine,

Ils laissent passer ciel et vent,

Sans rien porter, simplement.

Dans le salon, le jour ralentit,

Le temps s’assied, devient discret,

Un café chaud entre les mains

Suffit à tenir le monde loin.

L’écran de la télévision est noir.

Aucune image ne réclame.

Aucun flux ne s’impose.

Le silence reprend ses droits.

Et c’est alors que le regard s’éclaire.

Je fais le bilan de l’année passée.

Je suis encore en vie.

En bonne santé.

Et cela, déjà, n’est pas rien.

Je n’ai pas perdu de proches.

Le cercle est intact,

resserré peut-être,

mais debout.

L’injustice ne porte plus de masque.

Le profit n’épargne personne.

L’argent a pris le trône.

La parole s’est travestie.

Le mal a gagné du terrain,

non par force,

mais par fatigue générale.

La vérité est voilée.

La bonté réduite,

confiée à une minorité

qui reste encore debout.

Ce noir n’est pas une fuite.

C’est un seuil.

Un refus calme du vacarme.

Une manière de voir sans détour.

Le silence n’est pas une absence,

mais une vigilance tenue,

un lieu où l’on cesse de réagir

pour recommencer à comprendre.

Dehors, la neige tient.

Dedans, l’esprit se tient aussi.

À l’heure où l’écran se tait enfin,

la pensée reprend son chemin.

Et dans ce silence clair,

je rends grâce à Dieu.