Quand le réel s’efface en douceur

Quand le réel s’efface en douceur

Quand le réel s’efface en douceur

 

Le souffle est léger,

le corps apaisé malgré le poids de la journée.

Dans le bus du retour,

je ne sais plus s’il roule, plane ou navigue

il glisse entre les secondes

comme une barque posée sur le dos du monde.

 

Le soleil caresse mon visage,

m’oblige à clipser mes verres,

non pour m’en protéger,

mais pour l’accueillir sans vaciller.

 

Je sens tout l’univers m’adopter,

comme un enfant revenu de loin,

sans mot, sans condition.

Tout autour s’efface sans disparaître.

 

Les bâtiments deviennent ornement,

accrochés au ciel

comme des bijoux d’architecture sacrée.

Les lampadaires, eux,

s’élèvent comme des arbres d’une savane moderne,

calmes, dressés, guettant la tombée du jour.

 

Des êtres de chair et de sang

se prélassent sous le soleil,

immobiles comme des prières,

et savourent le moment

sans froid, ni neige,

juste la chaleur bénie de l’instant.

 

Et moi,

je n’ose fermer les yeux,

de peur de rater

la vie qui fait son spectacle.

 

Une scène sans rideau,

sans acteurs

juste la beauté nue

d’un monde qui, enfin,

ne demande rien.

 

La caresse sur mon visage persiste,

douce et insistante,

comme pour effacer

les traces d’un hiver rude

que seul le soleil semble comprendre.

 

Je perds la notion de l’espace et du temps.

Je ne rentre plus chez moi,

je rentre en moi.

 

Et mon esprit,

malgré la paix qui m’envahit,

reste en veille…

seulement pour ne pas rater l’arrêt,

signe discret de mon retour.

Quand l’ego souffle de la cendre

Quand l’ego souffle de la cendre

QUAND L’EGO SOUFFLE DE LA CENDRE

On sent le vent se lever,

Pas un vent qui rafraîchit,

Mais un souffle âcre

Qui mord les paupières.

Ses braises dessinent des chiffres

Sur le tableau noir de nos nuits

Calculs vains de comptable fou

Qui additionne étoiles et cicatrices.

On ne comprend pas tout de suite.

Ça commence par une brume,

Quelques doutes glissés

Comme des serpents silencieux.

On vacille un peu,

On regarde ailleurs,

Et c’est là qu’il surgit :

L’ego,

Masqué de certitudes,

Habillé de colère.

Il souffle de la cendre

Sur les vitres du cœur.

Il murmure contre la lumière,

Il raille les versets

Qu’on avait serrés

Contre notre poitrine.

On vacille, oui,

Mais on ne tombe pas.

On reconnaît l’odeur de la cendre.

Elle n’est pas neuve.

Elle flotte encore

Dans la cuisine de l’enfance

Quand le riz brûlait au fond du pot

Et que mère souriait malgré tout.

On se souvient.

D’un verset,

D’un silence,

D’un moment où le cœur

A su voir au-delà du tumulte.

Et là,

Dans ce souffle chargé de mensonges,

On sent une vérité qui résiste.

On ne la crie pas.

On ne l’impose pas.

On l’écoute.

On s’y blottit

Comme dans une étoffe fine

Qu’on pensait oubliée.

Ce n’est pas encore la victoire.

Mais c’est l’aube.

Et l’ego le sent.

Alors il redouble.

Il hurle sans voix,

Il injecte des images,

Des phrases aiguisées,

Des souvenirs déformés

Qu’on croyait enterrés.

Les vieux démons ont maintenant

Des noms de médicaments périmés

Au fond de l’armoire à pharmacie.

Mais on ne réagit plus

Comme avant.

On voit ses ficelles.

On devine ses pièges.

Et même si le cœur

Bat plus vite,

On tient.

Et soudain,

Il y a un calme.

Pas total,

Mais réel.

On entend à nouveau

La voix du dedans,

Celle qu’on croyait noyée.

Elle récite sans effort

Des versets qu’on n’a pas appris

Mais qu’on porte depuis toujours.

La lumière ne frappe pas,

Elle glisse.

Comme la main de Fatima

Effaçant doucement

Les graffitis de la honte

Sur les murs de la ville intérieure.

Et l’ego,

Fatigué de rugir,

S’assoit en nous.

Il boude,

Mais il sait

Qu’il ne commande plus.

On marche à nouveau,

Échos de mille pèlerins anonymes :

Celui qui porte un seau d’eau,

Celle qui tresse des herbes sacrées,

L’enfant qui mâche un secret

En regardant les fourmis.

La paix est là,

Comme une nappe usée

Recousue vingt fois

Qui couvre quand même la table

Où l’étranger partage ton pain.

Et c’est cela,

La vraie victoire.

Quand l’ego s’efface,

Comme un graffiti lavé par l’averse

Sur un mur qui redevient miroir,

Et que Dieu

Devient le seul souffle

Qu’on respire.

Pas un drapeau planté,

Mais une flaque de lumière

Où se mirent enfin

Le scarabée et le roi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Flottement

Flottement

FLOTTEMENT | Entre rêve et réalité

« Suis-je ici, ou ailleurs ? Suis-je ancré, ou porté par le vent ? »

Un instant suspendu. Une dérive entre deux mondes. Flotter, c’est être présent sans être là, conscient sans être enraciné.

Une immersion poétique où l’image et le son se mêlent, capturant cet état d’entre-deux, ce vertige du flottement…

Regarde, ressens, laisse-toi emporter.
Dis-moi : où es-tu quand tu flottes ?

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L’aube s’effiloche en volutes d’argent,

Un frisson glisse sur le bord du temps.

L’eau coule entre mes doigts ouverts,

Mais suis-je là, ou bien ailleurs ?

 

Le s’hour s’efface dans un rêve blanc,

Un goût d’éphémère au creux du néant.

Je mange, je bois, mais est-ce moi ?

Ou un écho d’un jour d’autrefois ?

 

Le Fajr s’élève, murmure céleste,

Un fil doré traverse l’obscur.

Je me lève, je prie, mais qui se prosterne ?

Le corps ou l’ombre qui m’habite en silence ?

 

Les rues s’étirent sous la lumière pâle,

Le vent chuchote, le monde s’emballe.

Le bus avance, les routes se croisent,

Mais moi, je flotte, dissous dans l’espace.

 

Un pied devant l’autre, un geste appris,

Mais qui guide ? Qui obéit ?

Je suis ici, mais mon être dérive,

Suspendu entre chair et brume vive.

 

Les visages passent comme des ombres,

Flous, lointains, pareils aux songes.

J’existe sans m’incarner,

Présent sans être enfermé.

 

Le travail frappe, régulier,

Les mains agissent, mécaniques.

Les mots s’écrivent, les tâches s’enchaînent,

Mais moi, je glisse, insaisissable.

 

Et puis… un vertige, un creux, une absence.

Un souffle court, une étrange distance.

La lumière change, imperceptible,

Le temps bascule dans l’indicible.

 

Mes paupières sont lourdes, mon corps retombe,

Un poids d’ombre, une fièvre profonde.

Mais l’âme, elle, ne touche plus terre,

Elle ondule, légère, entre ciel et mer.

 

Le soleil s’incline lentement,

Une prière ouvre un passage blanc.

Je m’incline, mon front touche la terre,

Mais qui prie en moi, qui est lumière ?

 

L’attente s’étire, immobile,

Un fil tendu entre ciel et exil.

Le maghrib approche, un battement d’aile,

Le jeûne vacille, tremblant de sel.

 

Trois dattes s’ouvrent comme une offrande,

Un lait blanc glisse, pur et tendre.

Le corps s’éveille d’un long sommeil,

Mais l’âme, elle, danse sous le ciel.

 

Le repas s’écoule en murmures anciens,

Saveurs tissées de racines lointaines.

La chorba fume, le bourak chante,

Mais en moi, tout reste en attente.

 

Un regard perdu sur la table dorée,

L’instant s’étire, je suis encore ailleurs.

Un pied ici, l’autre suspendu,

Entre la douceur et l’inconnu.

 

La nuit s’étire, douce et lente,

Les rires s’élèvent, vagues errantes.

Le thé infuse un parfum d’or,

Mais moi, je glisse, je m’évapore.

 

Dans ma bulle, tout se défait,

Les mots viennent, la plume s’efface.

Écris-je encore, ou est-ce l’éther

Qui pose en moi ces songes de verre ?

 

Et puis… un silence, un seuil, une brise,

Un instant figé, une ombre indécise.

Le temps hésite, suspendu,

Qui parle en moi ? Qui s’est tu ?

 

Le sommeil approche, un fleuve sans rives,

Un souffle discret, une mer furtive.

Est-ce la fin ou le commencement ?

Suis-je encore là, ou déjà absent ?

 

Car au bout de ce voyage sans bord,

Il n’y a ni veille ni endormissement,

Juste un écho, un reflet d’accord,

Entre le vide et le firmament.

Les Métamorphoses du Silence

Les Métamorphoses du Silence

Je plane aux confins de moi-même,

Étranger au monde, étranger à ma chair,

Mon esprit veille, mon cœur espère,

Et mon âme avance, sans détour.

Les mots jaillissent hors du temps,

Éclats d’un souffle que je ne retiens pas,

Chaque vers s’impose, incandescent,

Comme une braise qui danse sur l’écume.

Je suis l’enfant aux yeux d’orage,

Fixant l’horizon, bras ouverts,

Je suis le vieillard au regard de cendre,

Qui sait déjà ce que l’avenir ignore.

Un feu secret consume mon être,

Me pousse, me brise, m’élève,

J’observe en silence la mue des songes,

Le vertige d’un monde qui s’efface et renaît.

Là où je vais, nul sentier, nul repère,

Seulement l’ombre de ce qui fut,

L’éclat brut de ce qui vient,

Et l’instant suspendu du basculement.

Je porte en moi un don sans nom,

Ni fardeau, ni grâce, mais un fleuve,

Une sève qui brûle et nourrit,

Un cri d’encre gravé dans l’invisible.

J’écris sans savoir d’où viennent les mots,

Je relis sans reconnaître ma main,

Comme si une autre voix m’animait,

Comme si l’ombre dictait à la lumière.

Je suis enivré, troublé, déstabilisé,

Mais j’accueille la tempête en moi,

Car il n’est d’ancre que dans le mouvement,

Et je ne m’arrêterai qu’une fois sous terre.

J’avance, sans peur, sans retour,

Porté par une force que je ne nomme pas,

Ma destinée n’a pas de barrière,

Je la vis, je la bois, je l’écris.

Tant que le souffle embrase mon être,

Tant que le silence enfante des braises,

Je porterai ce feu indomptable,

Je donnerai au vent les mots du vertige.

Je suis l’arbre qui chante dans le vent,

Ses racines plongées dans l’invisible,

Et mes branches, tendues vers l’infini,

Portent les fruits d’une éternelle renaissance.

Le Souffle Du Ramadan

Le Souffle Du Ramadan

Un mois d’attente et de lumière, un chemin intérieur, un partage qui va au-delà des mots. Ce poème est une invitation à écouter le silence, à ressentir l’essence de ce temps suspendu.

Le Ramadan n’est pas seulement une question de jeûne, c’est un souffle, un voyage, un retour à l’essentiel. J’ai voulu retranscrire cette expérience dans un poème, ouvert à tous, croyants ou non, pour que chacun puisse y trouver un écho, une lumière, un instant de contemplation.

Entre l’ombre et la lumière, entre le silence et l’attente, il y a un souffle. Un souffle qui unit, un souffle qui élève.

J’ai posé des mots sur cette essence du Ramadan, non pas pour l’enfermer, mais pour l’ouvrir à tous ceux qui veulent le ressentir. Venez lire, ressentir, et peut-être partager vos propres impressions

Quand l’aube effleure le seuil du monde,

Un voile d’or glisse, léger, sur les toits,

Le silence s’étire, immense, et inonde

Le cœur qui veille, l’âme qui boit.

 

L’heure s’ouvre, paisible, claire,

Suspendue entre ciel et terre,

Un souffle s’élève, porteur de lueur,

Un chant muet, un pas intérieur.

 

Les mains se lèvent, l’écho s’élance,

Un murmure danse, fil invisible,

Chaque pensée trouve sa balance,

Chaque silence, un feu subtil.

 

Nulle faim, nulle soif pesante,

Seulement un vide, doux, infini,

Une lumière lente, éclatante,

Qui emplit l’être jusqu’à l’abîme.

 

C’est un chemin taillé d’ombre et de flamme,

Où chaque pas résonne, écho lointain,

Un fil tendu, ténu, qui se réclame

D’un ailleurs grand, d’un divin destin.

 

Les jours s’étirent, et sous la cendre

Brûle un secret, une voix qui appelle,

Un feu léger, qu’il faut comprendre,

Un feu qui brûle sans consumer.

 

Ce n’est pas l’absence, mais l’attente pure,

Un regard tourné vers l’invisible,

Une écoute sans faille, une ouverture,

Un fil d’or tissé dans l’indicible.

 

Et toi, qui marches en d’autres terres,

Toi qui ignores l’aube et son appel,

Tu es pourtant de cette lumière,

Quand ton pas se fait éternel.

 

Car au-delà du corps, du souffle,

Il est un jeûne sans contours,

Une ascension qui se déploie,

Un festin d’ombre et de jours.

 

Et quand la nuit referme ses ailes,

Quand tout s’apaise en un instant,

L’ombre et la lueur se mêlent,

Le temps se tait, profond, vibrant.

 

Alors viens, assieds-toi, écoute,

Le vrai festin n’a pas de fin,

C’est un parfum que rien ne coûte,

Un souffle pur, un chant sans fin.

 

Et dans l’espace entre deux souffles,

Là où le cœur devient plus grand,

Là où l’écho du monde s’essouffle,

Tout s’illumine, immensément.

 

Il est un pain que l’on ne touche,

Un feu que l’eau ne peut éteindre,

Un grain semé, un fruit farouche,

Un goût qui vient sans se contraindre.

 

Dans ce silence qui nous rassemble,

Chaque voix devient une prière,

Chaque geste, un pont vers l’infini,

Chaque cœur, une lumière.

 

Et quand l’heure vient de rompre le jeûne,

Un sourire, un geste, un pain partagé,

Chaque voix, chaque rire, une rune,

Qui scelle l’amour, le temps sacré.

 

Et dans l’espace entre deux souffles,

Où le temps n’a plus de nom,

Le cœur écoute, le corps s’effleure,

Et l’âme trouve sa maison, son horizon.