Quand le réel s’efface en douceur
Quand le réel s’efface en douceur
Quand le réel s’efface en douceur
L’aube s’effiloche en volutes d’argent,
Un frisson glisse sur le bord du temps.
L’eau coule entre mes doigts ouverts,
Mais suis-je là, ou bien ailleurs ?
Le s’hour s’efface dans un rêve blanc,
Un goût d’éphémère au creux du néant.
Je mange, je bois, mais est-ce moi ?
Ou un écho d’un jour d’autrefois ?
Le Fajr s’élève, murmure céleste,
Un fil doré traverse l’obscur.
Je me lève, je prie, mais qui se prosterne ?
Le corps ou l’ombre qui m’habite en silence ?
Les rues s’étirent sous la lumière pâle,
Le vent chuchote, le monde s’emballe.
Le bus avance, les routes se croisent,
Mais moi, je flotte, dissous dans l’espace.
Un pied devant l’autre, un geste appris,
Mais qui guide ? Qui obéit ?
Je suis ici, mais mon être dérive,
Suspendu entre chair et brume vive.
Les visages passent comme des ombres,
Flous, lointains, pareils aux songes.
J’existe sans m’incarner,
Présent sans être enfermé.
Le travail frappe, régulier,
Les mains agissent, mécaniques.
Les mots s’écrivent, les tâches s’enchaînent,
Mais moi, je glisse, insaisissable.
Et puis… un vertige, un creux, une absence.
Un souffle court, une étrange distance.
La lumière change, imperceptible,
Le temps bascule dans l’indicible.
Mes paupières sont lourdes, mon corps retombe,
Un poids d’ombre, une fièvre profonde.
Mais l’âme, elle, ne touche plus terre,
Elle ondule, légère, entre ciel et mer.
Le soleil s’incline lentement,
Une prière ouvre un passage blanc.
Je m’incline, mon front touche la terre,
Mais qui prie en moi, qui est lumière ?
L’attente s’étire, immobile,
Un fil tendu entre ciel et exil.
Le maghrib approche, un battement d’aile,
Le jeûne vacille, tremblant de sel.
Trois dattes s’ouvrent comme une offrande,
Un lait blanc glisse, pur et tendre.
Le corps s’éveille d’un long sommeil,
Mais l’âme, elle, danse sous le ciel.
Le repas s’écoule en murmures anciens,
Saveurs tissées de racines lointaines.
La chorba fume, le bourak chante,
Mais en moi, tout reste en attente.
Un regard perdu sur la table dorée,
L’instant s’étire, je suis encore ailleurs.
Un pied ici, l’autre suspendu,
Entre la douceur et l’inconnu.
La nuit s’étire, douce et lente,
Les rires s’élèvent, vagues errantes.
Le thé infuse un parfum d’or,
Mais moi, je glisse, je m’évapore.
Dans ma bulle, tout se défait,
Les mots viennent, la plume s’efface.
Écris-je encore, ou est-ce l’éther
Qui pose en moi ces songes de verre ?
Et puis… un silence, un seuil, une brise,
Un instant figé, une ombre indécise.
Le temps hésite, suspendu,
Qui parle en moi ? Qui s’est tu ?
Le sommeil approche, un fleuve sans rives,
Un souffle discret, une mer furtive.
Est-ce la fin ou le commencement ?
Suis-je encore là, ou déjà absent ?
Car au bout de ce voyage sans bord,
Il n’y a ni veille ni endormissement,
Juste un écho, un reflet d’accord,
Entre le vide et le firmament.