Avant que le jour ne s’impose
La lumière passe à travers
des rideaux opaques,
elle ne force rien.
Elle sait que le corps
revient de loin.
On a inventé ces tissus épais
pour prolonger la nuit dans le jour,
pour laisser au rêve
le temps de se retirer
sans fracas.
L’esprit calcule déjà la journée.
Samedi.
Un plan se dessine, souple,
prêt à être défait.
Je vérifie la météo.
Le soleil est là,
mais l’hiver aussi.
Moins vingt-quatre
Ressenti
Moins trente-sept.
Le réel ne se négocie pas.
Le froid décide des vêtements
avant toute pensée.
Le corps sait.
Il a appris à ne pas croire
ce que la lumière promet.
Le café réclame son dû.
Pas par gourmandise,
par nécessité biologique.
Une dose ajustée
à la longueur de la nuit.
Je quitte le lit.
Le nid est encore tiède.
Ma femme est déjà dehors.
Elle avance dans le jour
et m’envoie un bonjour
comme on laisse une trace
pour dire :
le monde est praticable.
J’ouvre les rideaux.
Le spectacle commence.
Le jardin est blanc,
le soleil aveuglant,
la chaleur trompeuse
retenue par la vitre.
Le corps n’est pas dupe.
Il se souvient
des hivers passés.
Première gorgée de café.
Le jour s’aligne.
La nuit ne disparaît pas,
elle se dissout.
Alors je prends le téléphone.
Pas par fuite,
Par fidélité au flux.
Une fenêtre ouverte sur le monde,
Une bibliothèque ambulante,
Un dépôt d’esprits à portée de main.
Tout ce qui passait autrefois
Sans laisser de trace
Peut maintenant s’ancrer.
Je tapote.
Le poème se fixe
Avant de s’évanouir
Sur la table,
une tasse rouge à pois,
le thermos prêt à suivre la marche
pour prolonger le plaisir
au-delà du seuil.
Le lait d’avoine s’invite.
Non par mode,
mais par écoute.
Nous avons dépassé
l’âge du lait.
Le corps ajuste
sans regret.
La plante penche vers la fenêtre,
elle aussi croit au soleil
malgré la neige intacte.
Tout est là.
Rien ne presse.
Le monde attend derrière la vitre.
Et moi,
je commence la journée
à hauteur d’homme.