Paix intérieure

 

La paix n’a pas besoin de phrases longues ni d’arguments.

Elle s’assoit.

Elle respire.

Elle ne cherche rien à prouver.

La paix, quand elle est vraie,

N’est pas l’absence de bruit,

Mais la fin de la lutte contre le bruit.

Elle accepte le monde tel qu’il arrive,

Sans s’y soumettre,

Sans le corriger à la hâte.

Elle ne ferme pas les yeux,

Elle les pose.

Car la paix n’est pas évidente de l’extérieur.

Elle ne se montre pas.

Elle ne s’exhibe pas en posture.

Elle peut ressembler à une fatigue,

À un retrait,

À un silence mal compris.

On arrive à ce stade-là

Avec l’âge,

Et après de multiples péripéties

Et batailles.

Être en paix

N’est pas ne pas être affecté,

Ni ne pas réagir.

Chacun agit

Depuis sa place,

Sa position,

Sa fonction.

Sans se disperser.

Sans usurper.

Sans se perdre dans ce qui ne lui appartient pas.

Il est une réalité simple :

Le froid hivernal

Tempère les ardeurs

Et réduit les choses

À leur juste valeur.

Ce qui brûlait hier

Ne demande plus d’être attisé.

Ce qui criait

N’a plus besoin de réponse.

Vouloir intervenir

Sans outils,

Sans capacité réelle,

Est une peine perdue.

On s’épuise.

On se trouble.

On s’abîme.

Et l’on devient plus malade

Sans être plus efficace.

Reconnaître ses limites,

C’est rester cohérent

Avec son essence.

Ce n’est pas céder.

Ce n’est pas fuir.

C’est se tenir juste.

Être en paix est une attitude.

Mettre l’emphase

Sur ses aptitudes,

Sur son expertise.

Explorer ce qui est là.

Exploiter ce qui est mûr.

Approfondir son fond

Plutôt que s’éparpiller en surface.

La paix n’est pas inertie.

Elle est précision.

Elle n’est pas retrait du monde,

Mais orientation claire de l’énergie.

La paix n’abolit pas la lucidité.

Elle la rend habitable.

Elle connaît la rumeur des jours,

Les voix pressées,

Les colères en vrac,

Les peurs qui parlent trop fort.

Mais elle ne leur répond pas

Hors de son juste lieu.

La paix ne débat pas.

Elle demeure.

Elle laisse passer les tempêtes

Comme on laisse passer le vent

À travers un arbre

Qui n’a plus besoin de plier pour survivre.

Elle ne promet rien.

Elle n’explique rien.

Elle tient.

Quand elle est là,

Le cœur cesse de négocier avec le temps.

Le corps n’est plus un champ de bataille.

La pensée ralentit sans s’éteindre.

La paix n’est pas un sommet,

C’est un sol.

Un endroit intérieur

Où l’on peut enfin marcher

Sans se demander

S’il faut fuir ou convaincre.

Elle n’est pas victoire.

Elle est justesse.

La paix ne cherche plus à convaincre.

Elle ajuste. Elle fait ce qu’elle peut,

Là où elle est,

Et cela suffit.