Un jour gagné

 

Le ciel était large.

Pas symbolique.

Large, simplement.

 

Un stationnement.

Des voitures immobiles.

Le sol sombre,

encore humide du froid.

 

Le corps s’y tenait

sans héroïsme.

Les pieds posés.

Les épaules un peu moins hautes

que la veille.

 

À un degré.

 

Assez pour que les mains

n’aient plus besoin de se refermer.

Assez pour que la nuque

cesse de surveiller.

Assez pour que le souffle

descende

sans qu’on le force.

 

Le froid était là.

Un degré au-dessus de zéro,

rare à cette heure de l’hiver.

Il ne mordait plus.

Il observait.

 

Le soleil touchait les choses

sans les corriger.

Il éclairait

comme on accompagne

quelqu’un qui tient encore debout.

 

Je regardais.

Sans chercher.

Le ciel faisait son travail.

Le corps aussi.

 

Alors un souvenir est venu.

Sans appel.

Sans regret.

 

L’Andalousie,

l’été.

La lumière pleine.

Les pierres chaudes.

Une autre manière

d’habiter l’espace.

 

Je n’ai pas résisté.

J’ai ouvert la galerie.

Cherché les images

jusqu’à les retrouver.

 

Une à une.

Sans hâte.

 

Je les ai regardées longtemps.

Même les vidéos.

 

Le mouvement.

La durée.

Le temps qui passe

sans pression.

 

Ce n’était pas pour revenir.

C’était pour raviver.

 

Quelque chose s’est réchauffé.

Pas une excitation.

Un élan calme.

Une tonicité douce

qui remet le corps

à sa juste tension.

 

Comme si la mémoire

ne rappelait pas un lieu,

mais un état.

 

La musique est venue ensuite.

Calme.

Présente.

Sans intention.

 

Elle n’a rien ajouté.

Elle a tenu l’espace.

 

Puis j’ai préparé une tisane.

Un geste lent.

L’eau chaude.

Les herbes qui infusent.

 

Je l’ai bue doucement.

Pas pour guérir.

Pas pour fuir.

Pour apaiser.

 

Après une longue semaine

de froid,

de travail,

de pression.

 

Le corps comprenait enfin

qu’il pouvait déposer

ce qu’il portait

sans s’effondrer.

 

Je n’avais rien à comprendre.

Rien à résoudre.

 

Juste rester

dans cette température intérieure

où l’esprit cesse de serrer

et le corps

de se défendre.

 

Je n’étais pas ailleurs.

Je n’étais pas arrivé.

 

J’étais là.

Et pour un jour au moins,

le monde

ne me demandait rien.