Géographie intérieure
La montagne est restée dans le cœur.
Non comme une image,
Mais comme une tenue.
Tenir.
Quand le sol tremble.
Tenir sans bruit.
Parler bas avec Dieu.
Porter l’héritage
Sans le montrer.
La montagne ne fuit pas.
La montagne veille.
Il y a eu Alger.
Ville dense.
Ville nerveuse.
Ville où l’on naît
Dans le tumulte,
Où l’on grandit vite,
Où l’on apprend à penser
Au milieu du bruit.
Alger a appris la complexité.
Le doute qui éclaire.
La lucidité sans amertume.
La pensée qui avance
Sans certitude,
Mais sans mensonge.
Puis l’océan.
Dans l’esprit.
Large.
Silencieux.
Ouvert.
L’océan a appris le passage.
La langue qui change
Sans perdre la voix.
L’exil sans effacement.
Le voyage sans trahison.
L’océan ne coupe pas les racines.
Il les met en mouvement.
Béjaïa tient le cœur.
Alger structure l’être.
L’océan ouvre l’esprit.
Plus loin encore,
De l’autre côté du monde,
Une terre froide
A accueilli cette géographie
Sans la dissoudre.
On marche avec tout cela.
Sans drapeau.
Sans poids inutile.
Avec gratitude.
La montagne veille.
La ville pense.
L’océan respire.
Et le pas,
Calmement,
Continue.